Manifeste
Fini l'étiage, le bas cours de ma vie. Insubmersible, impassible à le rester, aveuglément. Et te voilà l'âme des profondeurs. Te voilà coeur étouffé sous l'ouate d'une vie si bien arrangée. Moi
qui affirmais ne "plus te vouloir, te voilà le feu; te revoilà aussi ma plume portée à célébrer ces mots qui me sont indicibles. Est-ce possible que je te trouve toi, l'amour?
Fini la laideur de mon existence. La qualité infinie d'un regard, une main qui prend la mienne malgré l'inconnu : elle était là cette lumière, entraperçue à travers un moment de plaisir dévorant.
A chaque fois plus rayonnante et fascinante : une âme comme nulle autre. des souffrances, des pardons, la mort, les passions, la cruauté aussi et malgré cela, l'abandon de soi, le désir de
recevoir, l'appel du don.
Est-ce possible que je t'aie reconnue toi, la Beauté?
Fini la rudesse des corps. Fini l'escalade de l'extase compromise dans celle du vice. Et cette nausée toujours. Terminée l'impériosité de mes pulsions assomantes : cracher à tout prix, sans
égard, évacuer ce foutre dans "l'urgence", purger mon manque trop criant d'attention et d'affection, le noyer d'envies de plus en plas abjectes.
Avec toi, je veux jouir;
Et vous revoilà mes mains, vibrantes à nouveau, perdues dans le paysage de ton corps, Esteban, et le langage de tes frémissements comme ma bouche éperdue des saveurs, des ménadres de ta
langue.
Est-ce possible que je t'aie trouvé Toi?
M!